C'est à partir de cette réflexion, à la
suite d'une rencontre entre des musiciens touarègs et français
au Niger, que le projet Desert Rebel est né.
Pour ses initiateurs,
ce projet est la tête de pont d'une série d'initiatives musicales
et documentaires en développement, "Culture et résistance" :
culture comme résistance à l'oppression politique et marchande,
et résistance à l'uniformisation et à la marchandisation
de la culture. Promouvoir les activités citoyennes d'artistes engagés,
soutenir l'expression de cultures menacées, faire connaître
l'histoire, la vie, le combat de minorités opprimées : à travers
des expériences de "culture équitable", artistes
du Nord et du Sud s'associent pour faire vivre des projets générateurs
de revenus dont une partie sert des réalisations locales. Désert
Rebel, premier volet d’une série qui présentera
d’autres
expériences musicales à travers la planète, permettra
de financer une école de musique créée par des artistes
touarègs à Agadès.
Abdallah Ag Oumbadougou, chantre de
la rebellion touarègue. Enfant
du Niger postcolonial qui obtient son indépendance en 1960, il est
né vers 1962 près d'Agadès, alors que par des insurrections
rapidement écrasées, les Touaregs expriment leur refus d'être
considérés comme des citoyens de seconde zône.
Il achète
sa première guitare à l'âge de 16 ans, apprend en autodidacte à se
servir de cet instrument. Pionnier de la guitare électrique au Niger,
il compose ses premières chansons librement inspirées des mélodies
ancestrales, marquées par l'histoire et la cause du peuple Touareg.
En 1984, Abdallah fait partie des nombreux exilés qui s'expatrient
en Libye, où il fonde en 1987 le groupe Tagueyt Takrist Nakal, "Construire
le pays", qui appelle à l’unité du peuple Touareg.
Entre 1991 et 1995, ses compositions interdites par les autorités
nigériennes se répandent à travers tous les campements
de réfugiés du Niger au Mali, en Algérie, au Burkina
Faso et en Libye grâce aux cassettes pirates qui circulent clandestinement.
Ses chansons en tamashek qui célèbrent l’amour, se plaignent
de la dureté de l’exil et de la nostalgie du pays, font naître
sa légende à travers le désert. Abdallah, comme ses
cousins maliens du groupe Tinariwen, n’hésitera pas à franchir
secrètement la frontière pour rejoindre kalachnikov à la
main la guerilla opposées aux troupes régulières. Mais
ses véritables armes sont avant tout sa guitare et son magnétophone à piles
sur lequel il enregistre ses chansons. Les accords de Paix d’avril
1995 permettent son retour d'exil marqué par un concert à Niamey
devant plus de 2000 personnes. Il réalise alors, après toutes
ces années d’absence, l'ampleur de sa popularité auprès
de tous les Nigériens. Depuis, Abdallah met à profit sa notoriété pour
former les jeunes à la musique : il a fondé "Sauvegarde
du patrimoine culturel traditionnel", destinée à promouvoir
la culture nigérienne, à aider les jeunes musiciens et à défendre
les droits des artistes.
Desert Rebel, projet musical solidaire. Le projet Desert
Rebel, initié par
Farid Merabet, l'imprésario des Bérurier Noir, et François
Bergeron, réalisateur de leur DVD, est né à la suite
d’un voyage au Mali et de la rencontre avec le groupe touareg du Niger
Takrist n’Akal et de son leader Abdallah Oumbadougou, porte-parole
emblématique de la rébellion touarègue.
Au Festival
d'été de Québec en 2004, Farid et François rencontrent
Guizmo de Tryo et d'autres artistes sensibles à ce type de projet.
En mars 2005, avec Amazigh Kateb (Gnawa Diffusion), Gyzmo (Tryo), Daniel
Jamet (Mano Négra), ils se rendent dans les dunes du Nord Niger à la
rencontre d’Abdallah Oumbadougou et de ses musiciens. Des liens musicaux
et humains se nouent aussitôt, musiciens français et touarègs élaborent
ensemble des morceaux qui rencontrent un succès immédiat lors
d'une mini-tournée locale.
Deux mois après leur rencontre aux Niger, les membres de ce nouveau collectif,
Desert Rebel, auquel viendront se joindre Sally Nyolo
du groupe Zap Mama, Imhotep du groupe IAM, Junior Cony, Benj Sportes se retrouvent
en Bretagne dans le studio
de Guizmo, pour peaufiner et enregistrer les chansons nées dans les dunes.
Depuis, ils se sont produits en concerts dans de nombreux festivals, de Québec
aux TransMusicales de Rennes en 2005, et leur programme 2006 est déjà très
chargé. Leur rêve serait d’éditer un album distribué par
le réseau des points de ventes spécialisés dans le commerce équitable.
Un système qui permettrait de reverser une taxe de 6 % aux musiciens touaregs,
favorisant ainsi des projets de développement locaux (écoles de
musique, studio image et son, sites Internet, etc.)

