Dix poèmes mis en musique, dix poèmes
pour découvrir l’univers de L.S. Senghor. Un splendide album
accompagné d’un livret de 32 pages de textes et de photos. "Entre
Seine et Sine" c'est aussi un spectacle autour des chansons de l’album,
labellisé Printemps des Poètes 2005, des résidences
artistiques dans les collèges, lycées et centres culturels,
ainsi qu’une exposition photo sur la culture Sérère et
l'univers de L.S. Senghor.
Le projet “Entre Seine et Sine”a reçu
le Label qualité de
l’UNESCO, du Printemps des Poètes, de l’Agence Intergouvernementale
de la Francophonie et du Ministère de la Culture du Sénégal.
Album en partenariat avec RFI.
Le 9 octobre 2006 sera l'occasion de célébrer le centenaire
de la naissance de Léopold Sedar Senghor. Mais quel plus bel hommage
offrir au poète que de redonner vie et chair à ses mots ? Que
de prolonger son héritage en le rendant accessibles aux jeunes générations
? C’est là le double pari de Meïssa.
Réaliser une
oeuvre aussi esthétique que pédagogique. Car c’est en
voulant initier de jeunes lycéens à l’univers poétique
de Senghor que cette aventure musicale est née. En 1999, le poète
est au programme du bac français, et Meïssa M’baye propose à l’éducation
nationale un cycle de conférences intitulé Senghor, itinéraire
d’un enfant nègre.
Cette présentation qui mélange
récits, images et poèmes flirte déjà avec la
musique, puisque Meïssa chante certains textes, s’accompagnant
lui-même à l’aide d’instruments acoustiques. C’est
ainsi que ce descendant de griot, à la fois conteur et musicien, renoue
avec l’une des vocations essentielles de ses aïeux : enseigner.
Pour le griot, l’enseignement de l’histoire ou des valeurs léguées
par les ancêtres est indissociable de la création artistique
qui l’enveloppe. Plus la musique est belle, plus elle soutient des
paroles choisies, mieux l’auditoire est pénétré du
sens et du sentiment de l’orateur. C’est une leçon que
n’a pas oublié Meïssa, qui se présente comme "artiste
citoyen" mettant son art au service de l’éducation populaire
(voire de la rééducation, puisqu’il a animé des
ateliers à l’institut des sourds de Paris).
En quête de racines ...
Meissa Mbaye s’installe en France en 1983 pour y poursuivre ses études,
avec "l’idée secrète" de faire de la musique.
Avec des amis et des parents, il participe à la création du
groupe Kounta Kinte (du nom du héros de la série télévisée
Racines qui relate le parcours d’un esclave déporté,
et l’histoire de sa descendance en Amérique). Il s’agissait
de revendiquer "le lien musical avec la diaspora afro-américaine.
On était bercé autant par Wilson Pickett que par Nougaro. On
singeait les Touré Kounda…c’ était de l’afro-pop
!"
Mais Meïssa se rend compte qu’il a ses projets et sa route propre.
Il quitte le groupe (1992) puis part en 1996 à Atlanta, dans le sud
des Etats-Unis, s’initier à la culture afro-américaine.
Il apprend énormément dans les chorales des églises
protestantes, et côtoie des chanteurs comme Agile du groupe Arrested
Development.
A son retour, dans la foulée de son premier album solo, Night in Casamance,
il se replonge dans l’oeuvre de Senghor et retourne au Sénégal – sur
les berges du fleuve Sine, suivre les traces du poète en son royaume
d’enfance. Car Meïssa est wolof, et ne connaît guère
le terroir sérère qui a vu naître son parolier d’exception. "A
Joal (ndlr : où naquit Senghor), j’ai rencontré l’un
de ses neveux. Il m’a introduit à la culture sérère,
qui est vraiment à la source de sa poésie."
Entre Seine et Sine
Après ce bain de culture et de jouvence, Meïssa se retire seul,
en Bretagne, et se laisse envahir par les textes qu’il a choisis, à la
recherche de mélodies pour les porter . "Il fallait que les mélodies
soient accessibles, et que chaque chanson ait sa propre carte d’identité ...
une en si bémol majeur, une autre en ré mineur ... .que chacune
ait sa couleur".
Des mélodies métisses où la kora,
le xalam (guitare à deux cordes), l’accordéon ou le violon
s’intègrent harmonieusement. Le choix des instruments cependant
suggère discrètement les périodes littéraires
du poète. L’accordéon enveloppe d’une valse mélancolique
le spleen aux accents baudelairiens, tandis que la kora ou le skank d’un
reggae révolté attisent la grogne d’une chanson militante
comme Thiaroye. Ce morceau rend hommage aux tirailleurs sénégalais
massacrés le 1er décembre 1944 pour avoir revendiqué le
paiement de leurs arriérés de solde. Senghor, auquel beaucoup
d’intellectuels africains reprochent sa francophilie aveugle, n’en
fut pas moins amer et profondément déçu : "Est-ce
donc vrai que la France/ N’est plus la France/ Est-ce donc vrai que
l’ennemi/ Lui a dérobé son visage ?". Et Meïssa de défendre celui dont il chante les vers : "Senghor est plus
africain que moi. Seul celui qui connaît sa culture peut aller chercher
ailleurs et s’enrichir ..."
C’est finalement, à rebours, le parcours que fait aujourd’hui
Meïssa qui ne s’est "jamais senti aussi à l’aise
en France que depuis qu’(il) est retourné en Afrique".
Cet album est un donc un bel exemple de ce qu’une francophonie riche
de ses métissages peut enfanter. Il peut s’écouter d’une
traite, comme une épopée, racontant un voyage initiatique entre
Seine et Sine.
Meïssa Entre Sine et Seine (Comet records / Nocturne) 2005
Vladimir Cagnolari



