C'est à ce moment-là sans doute qu'a commencé la
magie...
Le 10 janvier 1999.
Au Cabaret- Sauvage. Souad Massi, jeune artiste
algérienne absolument inconnue, chantait pour la première fois à Paris,
devant un public immédiatement bouleversé par tant d'émotion,
par tant de lumineuse évidence.
Ce 10 janvier 1999, tout était
dit, ou presque : grâce à sa voix, à sa musique, grâce à une
présence hors du commun aussi, la fée se jouait soudain des
mots et de la langue, pour atteindre quelque chose de rare, d'universel et
d'impalpable... et de toucher en plein cœur.
C'est bien sûr cette magie qui explique que rapidement, certains aient
essayé de rationaliser les choses, de lui coller quelques étiquettes
sur le bois de sa guitare, pour retrouver de vains repères et se rassurer,
lorsqu'en 2000 son premier album est sorti. De la comparer par exemple aux
plus grandes divas du folk-rock, et d'en faire une chanteuse engagée.
Mais les choses ne sont pas si simples...
S'il fallait trouver des influences à la musique de Souad
Massi, c'est
du côté de son histoire algérienne qu'il faudrait aller
chercher. De son éducation musicale très classique, évidemment,
et de son goût pour le flamenco andalou qui la poussera à jouer, à 17
ans, dans une petite formation dédiée à cette musique,
Les Trianas d'Alger. De son attirance pour le rock occidental, ensuite, et
de son amour pour les instruments traditionnels arabes, qui donnent aujourd'hui à ses
chansons ces couleurs métissées si particulières, cet étrange
mix de guitare et de luth, de légèreté et de délicatesse.
Un alliage subtil, qui lui ressemble. A la fois teinté de la nostalgie
du passé, de la force du présent et de l'espoir en l'avenir.
Une porte ouverte sur la liberté...
De la même manière,
s'il fallait trouver un sens aux chansons de Souad Massi, ça n'est
sans doute pas du côté du strict engagement qu'il faudrait chercher
la clé. Une femme qui va au bout de ses rêves dans un pays où on
lui interdit est forcément un porte-voix, un étendard, un emblème.
Naturellement têtue et rebelle (enfant, il paraît qu'elle était
un vrai garçon manqué, et jouait au foot pour échapper
aux tâches ménagères !), ouverte au monde, la chanteuse
ne faisait jamais que forcer son destin...
Le monde est vaste et complexe à qui veut vivre libre. Installée à Paris,
Souad Massi a eu le temps de mûrir son second disque. De rencontrer
d'autres artistes. Et de beaucoup tourner. De musicalement s'épanouir
pour poursuivre son rêve avec encore plus d'intensité. Et dès
les premières notes de ce nouvel album, un univers sans frontières
semble soudain s'ouvrir. Chants d'oiseaux, tablas pakistanais, intonations
gitanes, sanglots de violoncelle, couronnes de luth, folk-rock cosmopolite,
country flamenco andalouse... tout au long de ce disque généreux
et coloré, sa voix s'envole, sûre et subtile, pour dessiner,
bien au-delà des mots, les contours d'une musique incroyablement naturelle, évidente
malgré toutes ses nuances. Une musique universelle. Une musique qui
frappe en plein coeur.



